Coup d’état de la tech ?

comment sauver la démocratie de la Silicon Valley

The Tech Coup, comment sauver la démocratie de la Silicon Valley

Tout est dit dans le titre de ce livre de Marietje Schaake, restée députée européenne pendant une décennie.

Dans la lignée de Technopolitique d’Asma Mallah, Marietje Schaake, Marietje Schaake,directrice des politiques internationales au Cyber Policy Center de l’Université de Stanford et chercheuse en politiques internationales à l’Institut pour l’intelligence artificielle centrée sur l’humain de Stanford (Stanford’s Institute for Human-Centered Artificial Intelligence). part du constat que les entreprises privées du numérique prennent progressivement la main sur nos vies de plus en plus numérisées.

Pour l’autrice, certaines de ces technologies ont des caractéristiques intrinsèquement antidémocratiques, tandis que les lois destinées à protéger les valeurs démocratiques et l’État de droit prennent du retard ; “et que, surtout, l’externalisation par les gouvernements démocratiques de fonctions clés a conduit à un affaiblissement des capacités fondamentales de l’État.” Face à ce constat, l’autrice déplore l’absence d’approche unifiée de la gouvernance technologique des 27 états de l’UE et les failles laissées béantes par ces états.

Selon l’autrice, cette érosion progressive de la démocratie pose un problème systémique et entraîne un surcroît de violence dans le monde réel, son instabilité et des divisions.

Pour pallier cette dérive, l’auteur défend l’idée d’une “extension de la responsabilité publique”  et soutient que les lois sur la transparence et la responsabilité qui s’appliquent aux organisations gouvernementales devraient également s’appliquer aux entreprises technologiques qui exécutent des tâches pour le compte de l’État. L’objectif principal de l’extension de la responsabilité publique est de garantir que l’externalisation et la dépendance croissante aux entreprises technologiques ne se traduisent pas par une diminution de la responsabilité démocratique

 

Le constat : une privatisation du contrôle technologique 

L’influence croissante des entreprises privées de la tech sur la démocratie est liée à un discours récurrent et bien connu de tout observateur :

 

  • L’innovation comme bien public: Les entreprises technologiques se présentent souvent comme des moteurs d’innovation, affirmant que leurs produits et services profitent à la société dans son ensemble. Elles soutiennent que leur capacité à innover rapidement et à l’échelle mondiale est essentielle pour relever les défis mondiaux, tels que la pauvreté, les maladies et le changement climatique
  • Efficacité supérieure au gouvernement: De nombreuses entreprises technologiques affirment être mieux équipées que les gouvernements pour fournir des services et gérer des infrastructures complexes. Elles mettent en avant leur expertise technologique, leur agilité et leur capacité à prendre des décisions rapidement, contrastant avec ce qu’elles présentent comme la bureaucratie et la lenteur des institutions gouvernementales. 
  • Autoréglementation et responsabilité: Face aux appels à une réglementation accrue, les entreprises technologiques mettent souvent l’accent sur leurs efforts d’autoréglementation et leurs engagements en matière de responsabilité. Elles élaborent des codes de conduite, créent des conseils consultatifs et lancent des initiatives visant à répondre aux préoccupations du public concernant leurs produits et services.
  • Le marché libre comme garant de la liberté: S’appuyant sur une idéologie libertarienne, de nombreuses entreprises technologiques considèrent le marché libre comme le meilleur mécanisme pour garantir la liberté et la démocratie. 
  • Collaboration public-privé: Les entreprises technologiques soulignent l’importance de la collaboration entre les secteurs public et privé pour relever les défis mondiaux. Elles participent à des initiatives conjointes, organisent des sommets et financent des groupes de réflexion afin de promouvoir un dialogue et une coopération accrus entre les gouvernements, les entreprises et la société civile.

 

Au travers des pages, l’autrice met en évidence un transfert de pouvoir significatif des gouvernements vers les entreprises technologiques, sapant ainsi l’équilibre traditionnel entre le secteur public et le secteur privé. Ce transfert de pouvoir est attribué à une combinaison de facteurs, notamment l’incapacité des gouvernements à réglementer efficacement le secteur technologique, l’externalisation de fonctions gouvernementales essentielles à des entreprises privées et l’influence politique croissante des entreprises technologiques. Un transfert lié à un manque de réglementation efficace, une sorte de laisser faire en matière de gouvernance tech, une externalisation des fonctions gouvernementales (sécurité nationale, surveillance) et bien sur un lobbying intense pour bénéficier de règlementations favorables.

 

La réponse : principe de précaution et transparence

Sur le constat, rien de nouveau sous le soleil donc. En revanche sur les réponses à apporter pour rééquilibrer le rapport de force, la position de l’ex députée européenne est relativement conservatrice et, pour certaines contre productives. Citons entre autres :

  • Le principe de précaution appliqué aux technologies émergentes pour donner la priorité à la sécurité. ( nous avons déjà constaté à quel point ce principe de précaution est contre productif et bloque toute forme d’innovation.)
  • Interdiction des logiciels espions commerciaux, courtage de données et reconnaissance faciale et…les cryptomonnaies. Chacun se fera son avis.
  • Transparence : dans les investissements, l’acquisition de terrains, l’impact environnemental, la sous-traitance, levée du secret commercial et utiliser les marchés publics comme levier.

La liste n’est pas exhaustive et comporte un volet sur l’espace public et, plutôt qu’une approche par des règles, favoriser une application par des principes directeurs.

 

 

Plan du livre

“The Tech Coup”

Introduction : Le Coup d’État Technologique

  • Contexte historique et exemples concrets de l’influence croissante des entreprises technologiques sur la démocratie.
  • Mise en évidence des dangers potentiels de cette influence et justification de l’urgence d’agir.

Chapitre 1 : Le Code

  • Exploration des origines et de l’évolution d’Internet, en soulignant le rôle des cypherpunks et des idéaux libertaires.
  • Analyse des lois et réglementations clés qui ont façonné l’écosystème numérique, comme la Section 230 aux États-Unis.

Chapitre 2 : La Pile Technologique (“The Stack”)

  • Description des différentes couches de l’infrastructure technologique moderne, du matériel aux logiciels en passant par les réseaux.
  • Exemple concret des centres de données et des enjeux de pouvoir liés à leur implantation et à leur consommation d’énergie.

Chapitre 3 : L’Armement de Tout (“The Weaponization of Everything”)

  • Étude des risques liés à la militarisation des technologies, en particulier la cyberguerre et la prolifération des logiciels espions.
  • Cas de la société NSO Group et de son logiciel Pegasus, illustrant les dangers de la surveillance de masse et des atteintes aux droits humains.

Chapitre 4 : La Fin de l’Intérêt Public

  • Analyse de la manière dont les entreprises technologiques, en privilégiant leurs propres intérêts, peuvent nuire à l’intérêt public.
  • Exemples de la manipulation des algorithmes, de la diffusion de fausses informations et de l’affaiblissement du débat public.
  • Étude critique des cryptomonnaies et de leurs implications pour la stabilité économique et la sécurité nationale.

Chapitre 5 : La Technologie sur les Lignes de Front (“Tech on the Front Lines”)

  • Examen de l’impact des technologies sur les processus électoraux, en particulier dans les pays en développement.
  • Exemple du Kenya, où des technologies de vote électronique ont été utilisées pour influencer les élections.

Chapitre 6 : Les Architectes (“The Framers”)

  • Analyse des stratégies de lobbying et d’influence des entreprises technologiques pour façonner les politiques publiques.
  • Mise en lumière des mécanismes d’auto-régulation mis en place par ces entreprises et de leurs limites.

Chapitre 7 : Reconquérir la Souveraineté

  • Plaidoyer pour une action politique forte afin de réguler efficacement les entreprises technologiques et de protéger la démocratie.
  • Comparaison des approches européennes et américaines en matière de régulation des technologies.

Chapitre 8 : Donner la Priorité à l’Intérêt Public (“Prioritizing the Public”)

  • Proposition de solutions concrètes pour une gouvernance technologique plus démocratique et responsable.
  • Insistance sur la nécessité de la transparence, de la responsabilité, de la participation citoyenne et d’une infrastructure numérique publique.

Conclusion : Arrêter le Coup d’État Technologique, Sauver la Démocratie

  • Synthèse des arguments du livre et appel à l’action pour un avenir numérique plus juste, équitable et démocratique.

 

The tech coup, Princeton University Press

 

 

 


En savoir plus sur Fabrice Frossard

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Trending

Index

En savoir plus sur Fabrice Frossard

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Fabrice Frossard

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture