Stratégies vient de livrer son classement des agences par C.A pour 2024. L’analyse des performances des 300 premières agences en France en 2024 révèle une fracture profonde et une redistribution majeure des investissements des annonceurs. Si le marché global affiche une croissance solide, celle-ci est tirée par les métiers de l’expérience et de l’influence, contrastant violemment avec les crises de rentabilité et les baisses de chiffre d’affaires (CA) observées dans la production et certains segments du marketing traditionnel. Le marché français de la communication est clairement passé à la vitesse supérieure, mais sur deux voies bien distinctes.
Sommaire
Le triomphe du hors-média : expérience et influence dominent le classement
La première lecture des évolutions de CA (2023/2024) met en lumière un investissement massif dans les secteurs qui offrent un contact direct et mesurable avec le consommateur.
Croissance Moyenne par Secteur d’Activité (2023/2024)
| Secteur d’Activité Principal | Évolution Moyenne du CA |
|---|---|
| Relations Publics & Influence | +26,6% |
| Événementiel | +17,6% |
| Marketing | +11,0% |
| Publicité, Communication | +8,6% |
| Production | +6,7% |
| Agence Média | +5,4% |
Le secteur de l’Événementiel et de l’Expérientiel enregistre la croissance la plus fulgurante. Des agences comme THE CONTINUITY COMPANY (+139,0%), S’CAPE ÉVÉNEMENTS (+83,5%) et GROUPE S’CAPE (+68,0%) illustrent ce bond, témoignant d’un puissant effet de rattrapage et de l’attrait pour des opérations phares.
De son côté, le secteur des relations publics et influence est également très dynamique. Des agences comme COMFLUENCE (+84,0%), ZMIROV PR GROUP (+44,0%) et EUROS AGENCY (+47,0%) confirment que la gestion de la réputation et l’activation des communautés sont devenues des investissements cruciaux.
Les difficultés structurelles : production et publicité en chute libre
Si l’euphorie domine dans le Hors-Média, d’autres secteurs subissent des récessions violentes, concentrant les plus fortes baisses de CA de l’année.
Top 7 des Plus Fortes Baisses de Chiffre d’Affaires (2023/2024)
| Raison Sociale | Secteur d’Activité | Évolution 2023/2024 (en %) |
|---|---|---|
| PROXIMITY | Marketing | -43,7% |
| HAVAS 04 | Publicité | -40,1% |
| HAVAS PARIS | Publicité, communication | -39,9% |
| KEYSTONE FILMS | Production | -34,0% |
| GUTENBERG AGENCY | Production, packaging | -33,3% |
| ALTAVIA PARIS | Marketing | -32,6% |
| BBDA QUAD PRODUCTIONS | Production | -31,9% |
Le secteur de la “Production” est le plus fragilisé. Malgré une moyenne de CA de +6,7%, le secteur de la Production est celui qui affiche la plus grande volatilité et la plus forte concentration de baisses drastique. Il concentre la majorité des baisses, ce qui traduit la pression tarifaire et l’internalisation des services chez les annonceurs. Seule la production à forte valeur ajoutée échappe à la crise. La production est un marché en transformation. Reste que les agences qui exécutent des tâches standardisées souffrent énormément, tandis que celles qui se positionnent sur la production de contenu stratégique ou créatif peuvent connaître des succès retentissants.
Le secteur du marketing n’est pas épargné, enregistrant la plus forte chute avec PROXIMITY (-43,7%), tandis que la pub/com voit des reculs massifs localisés chez les grands réseaux (“HAVAS PARIS” à -39,9%), signes de réorganisations et de pertes de budgets.
Dans ce registre, BUMP a fourni des chiffres pour le marché publicitaire en 2025. En synthèse :
Le marché publicitaire affiche une décélération au troisième trimestre 2025, avec une hausse de 2,1% des recettes nettes par rapport à 2024, pour un total de 12,67 milliards d’euros. Les médias traditionnels comme la presse, la TV et l’affichage extérieur enregistrent des baisses significatives, notamment la presse avec -8,1% et la télévision avec -7,2%. En revanche, le digital connaît une croissance notable, avec une augmentation de 7,6% pour la télévision, la presse et la radio, et de 37,6% par rapport à 2023. Malgré une légère baisse (-0,6%) des dépenses en communication par rapport à 2024, le digital progresse et représente désormais 32% du mix média. Certains secteurs comme l’alimentation, la santé et l’informatique bureautique ont augmenté leurs investissements, tandis que d’autres comme la communication corporate, l’automobile et l’ameublement ont réduit leurs budgets. Pour 2025, France Pub prévoit un marché publicitaire stable par rapport à 2024, avec des investissements atteignant 35,7 milliards d’euros.
Top et flops : performance vs. restructuration
L’analyse du Résultat Net 2024 révèle de fortes disparités, entre des profits records et des pertes structurelles.
Top 5 des Meilleurs Résultats Nets 2024 (en milliers d’euros)
| Raison Sociale | Résultat Net 2024 | Secteur d’Activité |
|---|---|---|
| PUBLICIS GROUPE (cc) | 1 660 000 | Publicité, communication |
| ORGANISATION ET DÉVELOPPEMENT GROUPE GTH (cc) | 111 941 | Communication santé |
| HAVAS (cc) | 173 000 | Publicité, communication |
| TBWA GROUPE | 21 130 | Publicité, communication |
| GROUPE DEKUPLE (cc) ( ) | 10 300 | Communication, marketing |
Le résultat exceptionnel du “GROUPE GTH (cc)” (111 941 milliers d’euros) est remarquable, suggérant un probable “produit exceptionnel” (vente d’actif ou plus-value) étant donné qu’il dépasse son propre CA de 89 271 milliers d’euros. Toutefois le marché de la santé est sans doute un des plus porteur ces derniers mois.
Top 5 des plus lourdes pertes nettes en 2024 (en milliers d’euros)
| Raison Sociale | Résultat Net 2024 | Secteur d’Activité |
|---|---|---|
| MEDIAPOSTE | -49 576 | Communication |
| ICI BARBĖS | -15 742 | Publicité, communication |
| TIMEONE – PERFORMANCE | -8 768 | Marketing |
| GUTENBERG AGENCY | -8 915 | Production, packaging |
| ALTAVIA CONNECT | -6 545 | Marketing |
La perte colossale de “MEDIAPOSTE” (-49 576 milliers d’euros), malgré un CA en croissance (+4,3%), est symptomatique des coûts de restructuration massifs liés à la transformation du modèle économique du marketing direct physique au sein du Groupe La Poste. En tant qu’agence du Groupe La Poste spécialisée dans la communication et le marketing direct physique (le “sans adresse”), MEDIAPOSTE fait face à la dématérialisation et au déclin structurel du courrier. Une perte de cette ampleur, même avec un CA en légère hausse, suggère probablement des coûts de restructuration extrêmement élevés. Le Groupe La Poste est engagé dans la transformation de ses métiers de distribution. Ces fonds pourraient refléter des investissements lourds dans l’adaptation de l’outil industriel, la diversification des services (marketing digital, data) ou l’amortissement d’actifs dévalorisés liés au modèle historique. La croissance du CA est peut-être tirée par des activités à faible marge, tandis que les coûts fixes liés au réseau de distribution restent importants, conduisant à ce déficit record.
les jeunes agences : Des agences comme ICI BARBĖS enregistrent une perte très lourde, potentiellement liée aux coûts d’acquisition par Babel en octobre 2024, ou à des investissements initiaux lourds.
Résilience et volatilité : production vs. agences Média
La comparaison des deux secteurs illustre la différence entre une crise structurelle et une pression concurrentielle.
Comparaison Production vs. Agences Média (2023/2024)
| Secteur d’Activité | Croissance Moyenne du CA | Volatilité (Écart Max.) | Tendance |
|---|---|---|---|
| Production | +6,7% | +86,6% à -34,0% | Forte Crise Structurelle (remise en cause du rôle d’exécutant) |
| Agence Média | +5,4% | +94,0% à -18,3% | Marché Compétitif (maintien du rôle de conseil) |
Les agences médias conservent un socle plus stable, car leur rôle de conseil stratégique et d’optimisation data est difficilement internalisable. La production, elle, est en plein tumulte, avec de fortes disparités selon le niveau de valeur ajoutée offert.
L’impératif de la valeur stratégique
Le classement 2024 est celui de la réallocation des investissements vers l’efficacité et l’impact direct. Les marques investissent dans ce qui est stratégique (“RP, Santé”) et dans ce qui crée de l’engagement tangible (“Événementiel”). Les métiers de l’exécution pure subissent la pression. L’enjeu pour le secteur est de pivoter vers le “conseil en transformation” pour éviter de rejoindre la liste des agences en forte baisse. Cette analyse vaut ce qu’elle vaut. Le classement s’appuie sur des données publiques et de nombreuses agences ne communiquent pas leurs chiffres. Reste que, la pression sur les marges et les grandes tendances sont sans doute assez proche de la réalité perçue par chaque professionnel du secteur.





Laisser un commentaire