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Twitter a un sérieux problème. Malgré une entrée en Bourse réussie en novembre dernier, le réseau de micro-blogging avec ses 970 millions d’inscrits compte seulement 241 millions de comptes actifs et peine à recruter de nouveaux utilisateurs.Pour certains analystes le réseau atteindra péniblement 270 millions d’actifs à la fin 2014.
Instagram, le réseau social photographique de Facebook l’a dépassé la semaine dernière en termes d’utilisateurs.

Depuis sa cotation en bourse, le réseau de Jack Dorsey est obligé de rendre des comptes à ses actionnaires et doit prouver non seulement que ce problème de recrutement est identifié, mais aussi qu’il tente tout ce qu’il peut pour y remédier.

D’où les annonce de ces dernières semaines, la fin présumée (et stupide) du #hastag, la disparition du @, l’éventuelle inclusion d’une icone Share en remplacement du RT, l’affichage du nombre de vues par tweet, un nouveau design, reconnaissance et identification de visages,possibilité de taguer une image et de la partager, envoi de message en push quand un mouvement de masse se passe sur le réseau, création d’un compte @eventparrot (au fonctionnement aléatoire) pour vous envoyer les actus en DM en temps réel. Sans compter les multiples timelines de Tweetdeck pour organiser les flux par sujet plutôt que par chronologie et enfin le partenariat avec Billboard au motif que la musique est le premier sujet de conversations sur Twitter etc. Bref, Twitter bouge tous azimuts pour tenter de redresser la barre et attirer de nouveaux utilisateurs.

share twitter

Pourquoi Twitter ?

Va-t-il y arriver ? De ce que l’on peut observer, Twitter travaille sur 2 axes :

– une plus grande place donnée à l’image

– une tentative de simplification de son usage.

A mon sens, même si ces 2 pistes sont bonnes, il en manque une : Pourquoi Twitter ?

Autant sur les 2 premiers axes, le travail est nécessaire. Pour avoir formé plusieurs centaines de personnes à l’utilisation de Twitter, la mécanique à l’œuvre pour l’utiliser est pour beaucoup complexe. En formation, les questions sont toujours les mêmes :

– Si je suis quelqu’un est-ce qu’il voit mes messages ? Si j’envoie un message à quelqu’un sur le réseau, tout le monde le voit !?? Comment faire pour ne pas être vu ? Est-ce que je peux bloquer mon compte ? Qui dois-je suivre ? Comment trouver la bonne information, comment la partager, comment raccourcir les liens, que puis-je dire en seulement 140 caractères, etc.

Dans ce florilège, une question revient de manière récurrente : pourquoi aller sur Twitter ?

Cette question, je l’ai de manière récurrente, systématique et obsédante. Pour les twittos actifs, la question ne se pose pas. Mais pour un non utilisateur, cette question est pertinente et mérite d’être posée. Pourquoi aller sur Twitter ? Sur Facebook je vois bien, je suis en contact avec ma famille et me potes, sur Linkedin avec mon réseau professionnel, sur Pinterest je partage des photos d’objets désirables ou de recettes de cuisine, mais Twitter ?

L’existence d’une entreprise est justifiée par sa mission qui est incarnée par sa baseline. Sur ce point, Twitter souffre sans doute de son message fondateur tel qu’édicté par Jack Dorsey : « a short burst of inconsequential information,’ and ‘chirps from birds’. That’s what the product was. » Autrement dit une « courte rafale d’informations sans importance. Du gazouilli aux oiseaux. Le produit était là. »

On s’en souvient Twitter était à l’origine une adaptation online du SMS. Puis depuis le premier tweet de 2006, Twitter est resté un canal d’informations, importante ou non, inutile de revenir dessus. En revanche, et c’est sans doute là un des soucis de Twitter, sa mission, s’il en a une, est bien de partager de l’information.

Un objectif confirmé par une récente étude menée par la Deutsche Bank. A la question pour êtes-vous sur Twitter, la réponse (ci-dessous) est sans appel. A 51%, pour des actualités et autres événements; à 36,8% pour découvrir des articles et du contenu intéressant et à 36,5% pour partager de l’information intéressante.

Twitter un réseau pour l'information

Preuve s’il en fallait, quasiment toute la population journalistique et média est sur le réseau. Et pour tenter de toucher les journalistes, toute la population des relations publiques, politiques et autres annonceurs ou personnes en recherche de notoriété.

Ce tropisme pour l’information est sans doute la première piste pour expliquer la lenteur de recrutement du réseau. Désolé pour ce truisme, mais l’appétence pour l’information est inégalement répartie. Penser que chacun cherche à s’informer en temps réel et en permanence serait une hypothèse très osée. Typiquement, en formation, à la question du pourquoi, je réponds toujours sur la capacité du réseau à fournir de l’information utile pour une catégorie professionnelle donnée. Mais de facto souvent les mêmes : marketeux, informaticien, startupeur, journalistes, référenceurs et parfois lors d’un suivi de conférence sur une catégorie socioprofessionnelle particulière. C’est une vision empirique, mais je serai curieux d’avoir une répartition en volume par catégorie professionnelle des utilisateurs de Twitter. Force est de le reconnaître donc, tous les professionnels ne font pas de la veille, toutes les professionnels ne suivent pas l’information générale en temps réel et tous les professionnels ne voient pas l’intérêt de converser sur un réseau.

De l’information à l’infobésité

Les nouveaux venus sur Twitter sont bien attirés par ce déluge d’informations. Toujours selon le sondage de la Deutsche Bank, c’est aussi ce qui les fera abandonner. Le continuum d’informations sans hiérarchisation est bien la première raison qui les fera abandonner et passer à autre chose. La mise en place d’un filtre simple de choix d’information serait pour 80% des répondants une raison pour revenir sur Twitter. Inutile de leur expliquer qu’il est facile de créer une recherche par mots-clés et de la sauvegarder. Il faut de la hiérarchie, de la clarté et de la simplicité d’utilisation et plein de photos que je peux partager avec mes copains (comme sur Facebook ou Instagram en somme). Les plus sagaces noteront d’ailleurs une ressemblance de plus en plus forte entre les deux réseaux.

twitter doit être filtré

Pour tenter de satisfaire ces utilisateurs,on l’a vu Twitter bouge tous azimuts.

Follow-me !

Reste que l’appât du follower est aussi une motivation importante pour les utilisateurs. Comme le confirme l’étude de la Deutsche Bank, 58,5 des qwiters ont moins de 10 followers. L’impression de n’intéresser personne n’est effectivement pas le meilleur moyen de garder un utilisateur. D’autant plus avec un compteur qui indique les chiffres de followers en temps réel.

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A contrario, quitter Twitter lorsque l’on a plusieurs centaines ou milliers de followers demande un certain courage ou une vraie lassitude.
Ironie de l’histoire notée par Business Insider. Twitter réalise de bons résultats dans la monétisation de son réseau et devient un vrai média pour les annonceurs.

Dans ce cadre, Twitter devient l’allié des chaînes de télé (la fameuse social tv) et autres broadcasteur qui l’utilisent comme second-écran. Tantôt avec le service SEEit permet d’accéder depuis leur smartphone à la programmation d’un film, ou aussi grâce au service Amplify de cibler des twittos exposés à une pub. C’est sans doute de ce segment de la pub TV/Broadcat que Twitter tirera son salut financier.

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Cette planche de salut financier n’a qu’un seul défaut, elle peut potentiellement aller à l’encontre de la fonction source de Twitter. Sa fonction est de relayer de l’information, pas de devenir l’allié objectif d’une chaîne de télé et de sa cohorte d’annonceurs, ni d’une major du disque. Refaire le coup de Facebook n’est pas l’idée du siècle. Simplifier l’usage et l’accès pour découvrir des pubs ultraciblées avec une faible contrepartie n’est pas le pot de miel idéal. Enfin je crois.

@fabricefrossard

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